Extrait de la revue "L'école des parents" reçue mensuellement par chaque adhérent

Extrait de la revue des parents sur l’apprentissage de la lecture :

 Christian Montelle, ancien professeur de Français« La langue n’est pas à la pointe d’un stylo » La querelle sur les méthodes d’apprentissage a-t-elle des raisons d’être ravivée ?

Elle l’a été par la décision très discutable, prise par un ministre sous pression, d’imposer la méthode dite syllabique. Or, cette dispute est sans objet. Le choix de la méthode est, en effet, secondaire.

Il faut peut-être dissiper tout d’abord quelques erreurs d’appréciation ou de jugement. Tout d’abord, les difficultés de lecture ne sont pas un phénomène récent. Dans les années 1950-1960, les élèves du secondaire, très minoritaires, savaient lire, parce qu’autrement ils ne seraient pas entrés au lycée, un examen sévère constituant un barrage efficace.

Mais l’immense majorité des autres ne savaient lire que des textes très simples. D’autre part, les méthodes d’apprentissage du code étaient variées : chaque maître construisait la sienne selon son tempérament et ses intuitions. Les uns inventaient des codes colorés de reconnaissance des lettres, d’autres faisaient appel au toucher et à la gestuelle.

L’important était qu’ils y crussent ! Retenons simplement qu’il est utile de varier les approches pour que tous les enfants, quel que soit leur profil, puissent accrocher à la démarche professorale. Et surtout, surtout que les parents ne la critiquent pas devant leur progéniture !

Devant les difficultés persistantes de beaucoup d’élèves soumis à l’apprentissage traditionnel du B.A.BA, et en se basant sur les travaux d’Ovide Decroly, des chercheurs ont proposé une approche globale des phrases et des mots, considérés comme des images à reconnaître, avant d’en disséquer les éléments. Des abus ont montré les limites de ces méthodes, et les instituteurs ont fait la synthèse des deux approches pour aboutir à des méthodes dites semi*globales. Cependant, les difficultés subsistent, quelles que soient les procédures adoptées par les maîtres : beaucoup d’enfants  « savent lire », mais ne parviennent pas à construire du sens à partir des textes qui leur sont proposés. Ils se découragent et abandonnent une activité qui les déçoit. L’échec scolaire les attend puisqu’ils n’alimentent pas leur langue par la lecture, ce qui leur interdit l’accès aux savoirs. Ils ne comprennent pas ce que disent les professeurs, ou très vaguement, et ils ne saisissent rien à ce qui est écrit dans les manuels.

  Quelles doivent être les conditions pour un apprentissage de la lecture réussi ?

La maîtrise d’une langue orale de qualité,-ce que je nomme la haute langue orale,- une connaissance du monde et une culture suffisantes.

Ces éléments sont liés : on ne peut connaître que ce que l’on peut nommer. J’y ajoute d’autres éléments : la conscience des fonctions symboliques du langage, des capacités d’interprétation, une attitude positive par rapport à la langue et la faculté de prendre plaisir aux mots et aux phrases. Quels types de textes développent ces compétences ? Par exemple les contes, mais il y a beaucoup d’autres textes, parfaitement adaptés à chaque âge de la vie qui fondent ce qu’il y a d’humain dans l’homme : le langage, la pensée et la civilité. Contes d’animaux ou contes avec des animaux mais aussi des contes d’idiots afin d’apprendre les comportements sociaux, les légendes pour donner sens aux lieux, les devinettes et autres énigmes pour développer les capacités de classement et de raisonnement. Et aussi les chansons qui continuent à accompagner l’enfant avec des musiques harmonieuses aux rythmes donnés par des musiciens, et non par des boîtes à rythmes. Les jeux de société ou de bricolage sont aussi une excellente école pour développer toutes ces compétences fondamentales qui permettront une scolarité heureuse et apaisée.

 Qui peut transmettre cette haute langue orale ?

Je parlerai tout d’abord des parents dont le rôle est primordial, dans les premières années de l’enfance.

L’école continue ensuite cette transmission de haute langue orale et de connaissance sensuelle du monde. Une erreur fondamentale, à mon avis, de l’école maternelle actuelle, est de vouloir avancer dans le temps, l’apprentissage des formes écrites de la langue –la lecture et l’écriture- avant que les compétences langagières nécessaires ne soient en place. Il vaudrait beaucoup mieux pratiquer un « écouter-dire » intense qui prépare l’accès à la langue écrite et rend l’apprentissage infiniment plus aisé, en respectant le développement psychologique des petits êtres humains.

Lire, ce n’est pas regarder des images mais avoir la capacité de construire des images mentales à partir des mots.

Je le répète, la langue est dans la bouche et non à la pointe d’un stylo.

 

(Christian Montelle a publié « La parole contre l’échec, La haute langue orale, L’harmattan, 2005)

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